mardi, décembre 30, 2014

Merd' ! V'la l'Hiver et ses dur'tés

L'hiver que tout le monde appelait à grand cri est venu ; pour un temps nous n'entendrons plus, "il n'y a plus de saisons", ou plus poétique "mais que sont devenus les hivers d'antan", ou plus écolo "si ça c'est pas un signe de réchauffement de la planète".
Non nous entendrons les cris silencieux de tous ceux qui ne pourront se réchauffer et qui bien malgré eux feront la une des actualités, mais anonymes jusqu'au bout, il sera dit un SDF est mort cette nuit, sans que jamais son nom ne soit dit.

Alors comme chaque hiver je relis le poème de Jehan Rictus, pas vraiment anarchiste, pas vraiment homme de gauche, mais un homme toujours préoccupé par le sort des plus démunis

Les soliloques du pauvre
 L'Hiver (1894)

Merd’ ! V’là l’Hiver et ses dur’tés,
V’là l’ moment de n’ pus s’ mettre à poils
V’là qu’ ceuss’ qui tienn’nt la queue d’ la poêle
Dans l’ Midi vont s’ carapater !

V’là l’ temps ousque jusqu’en Hanovre
Et d’ Gibraltar au cap Gris-Nez,
Les Borgeois, l’ soir, vont plaind’ les Pauvres
Au coin du feu… après dîner !

Et v’là l’ temps ousque dans la Presse,
Entre un ou deux lanc’ments d’ putains,
On va r’découvrir la Détresse,
La Purée et les Purotains !

Les jornaux, mêm’ ceuss’ qu’a d’ la guigne,
À côté d’artiqu’s festoyants
Vont êt’ pleins d’appels larmoyants,
Pleins d’ sanglots… à trois sous la ligne !

Merd’, v’là l’Hiver, l’Emp’reur de Chine
S’ fait flauper par les Japonais !
Merd’ ! v’là l’Hiver ! Maam’ Sév’rine
Va rouvrir tous ses robinets !

C’ qui va s’en évader des larmes !
C’ qui va en couler d’ la piquié !
Plaind’ les Pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes
C’est un vrai commerce, un méquier !

Ah ! c’est qu’on est pas muff en France,
On n’ s’occupe que des malheureux ;
Et dzimm et boum ! la Bienfaisance
Bat l’ tambour su’ les Ventres creux !

L’Hiver, les murs sont pleins d’affiches
Pour Fêt’s et Bals de charité,
Car pour nous s’courir, eul’ mond’ riche
Faut qu’y gambille à not’ santé !

Sûr que c’est grâce à la Misère
Qu’on rigol’ pendant la saison ;
Dam’ ! Faut qu’y viv’nt les rastaqoères
Et faut ben qu’y r’dor’nt leurs blasons !

Et faut ben qu’ ceux d’ la Politique
Y s’ gagn’nt eun’ popularité !
Or, pour ça, l’ moyen l’ pus pratique
C’est d’ chialer su’ la Pauvreté.

Moi, je m’ dirai « Quiens, gn’a du bon ! »
L’ jour où j’ verrai les Socialisses
Avec leurs z’amis Royalisses
Tomber d’ faim dans l’ Palais-Bourbon.

Car tout l’ mond’ parl’ de Pauvreté
D’eun’ magnèr’ magnifique et ample,
Vrai de vrai y a d’ quoi en roter,
Mais personn’ veut prêcher d’exemple !

Ainsi, r’gardez les Empoyés
(Ceux d’ l’Assistance évidemment)
Qui n’assistent qu’aux enterr’ments
Des Pauvr’s qui paient pas leur loyer !

Et pis contemplons les Artisses,
Peint’s, poèt’s ou écrivains,
Car ceuss qui font des sujets trisses
Nag’nt dans la gloire et les bons vins !

Pour euss, les Pauvr’s, c’est eun’ bath chose,
Un filon, eun’ mine à boulots ;
Ça s’ met en dram’s, en vers, en prose,
Et ça fait fair’ de chouett’s tableaux !


 Oui, j’ai r’marqué, mais j’ai p’têt’ tort,
Qu’ les ceuss qui s’ font « nos interprètes »
En geignant su’ not’ triste sort
S’arr’tir’nt tous après fortun’ faite !

Ainsi, t’nez, en littérature
Nous avons not’ Victor Hugo
Qui a tiré des mendigots
D’ quoi caser sa progéniture !

Oh ! c’lui-là, vrai, à lui l’ pompon !
Quand j’ pens’ que, malgré ses meillons,
Y s’ fit ballader les rognons
Du Bois d’ Boulogn’ au Panthéon

Dans l’ corbillard des « Misérables »
Enguirlandé d’ Beni-Bouff’-Tout
Et d’ vieux birb’s à barb’s vénérables…
J’ai idée qu’y s’a foutu d’ nous.

Et gn’a pas qu’ lui ; t’nez Jean Rich’pin
En plaignant les « Gueux » fit fortune.
F’ra rien chaud quand j’ bouffrai d’ son pain
Ou qu’y m’ laiss’ra l’ taper d’eun’ thune.

Ben pis Mirbeau et pis Zola
Y z’ont « plaint les Pauvres » dans des livres,
Aussi, c’ que ça les aide à vivre
De l’une à l’aute Saint-Nicolas !

 Même qu’Émile avait eun’ bedaine
À décourager les cochons
Et qu’ lui, son ventre et ses nichons
N’ passaient pus par l’av’nue Trudaine.

Alorss, honteux, qu’a fait Zola ?
Pour continuer à plaindr’ not’ sort
Y s’a changé en harang-saur
Et déguisé en échalas.

 Ben en peintur’, gn’y a z’un troupeau
De peintr’s qui gagn’nt la forte somme
À nous peind’ pus tocs que nous sommes
Les poux aussi viv’nt de not’ peau !

Allez ! tout c’ mond’ là s’ fait pas d’ bile,
C’est des bons typ’s, des rigolos,
Qui pinc’nt eun’ lyre à crocodiles
Faite ed’ nos trip’s et d’ nos boïaux !

L’en faut, des Pauvr’s, c’est nécessaire,
Afin qu’ tout un chacun s’exerce,
Car si y gn’ aurait pus d’ misère
Ça pourrait ben ruiner l’ Commerce.

Ben, j’ vas vous dir’ mon sentiment
C’est un peu trop d’hypocrisie,
Et plaindr’ les Pauvr’s, assurément
Ça rapport’ pus qu’ la Poésie

 Je l’ prouv’, c’est du pain assuré ;
Et quant aux Pauvr’s, y n’ont qu’à s’ taire.
L’ jour où gn’ en aurait pus su’ Terre,
Bien des gens s’raient dans la Purée !

Mais Jésus mêm’ l’a promulgué,
Paraît qu’y aura toujours d’ la dèche
Et paraît qu’y a quèt’ chos’ qu’ empêche
Qu’un jour la Vie a soye pus gaie.

Soit ! — Mais, moi, j’ vas sortir d’ mon antre
Avec le Cœur et l’Estomac
Pleins d’ soupirs… et d’ fumée d’ tabac.
(Gn’a pas d’ quoi fair’ la dans’ du ventre !)

J’en ai ma claqu’, moi, à la fin,
Des « P’tits carnets » et des chroniques
Qu’on r’trouv’ dans les poch’s ironiques
Des gas qui s’ laiss’nt mourir de faim !

J’en ai soupé de n’ pas briffer
Et d’êt’ de ceuss’ assez… pantoufles
Pour infuser dans la mistoufle
Quand… gn’a des moyens d’ s’arrbiffer.


Gn’a trop longtemps que j’ me balade
La nuit, le jour, sans toit, sans rien ;
(L’excès même ed’ ma marmelade
A fait s’ trotter mon Ang’ gardien !)

(Oh ! il a bien fait d’ me plaquer
Toujours d’ la faim, du froid, d’ la fange,
Toujours dehors, gn’a d’ quoi claquer ;
Faut pas y en vouloir à c’t’ Ange !)

Eh donc ! tout seul, j’ lèv’ mon drapeau ;
Va falloir tâcher d’êt’ sincère
En disant l’ vrai coup d’ la Misère,
Au moins, j’aurai payé d’ ma peau !

Et souffrant pis qu’ les malheureux
Parc’ que pus sensible et nerveux
Je peux pas m’ faire à supporter
Mes douleurs et ma Pauvreté.

Au lieu de plaind’ les Purotains
J’ m’en vas m’ foute à les engueuler,
Ou mieux les fair’ débagouler,
Histoir’ d’embêter les Rupins.

 Oh ! ça n’ s’ra pas comm’ les vidés
Qui, bien nourris, parl’nt de nos loques,
Ah ! faut qu’ j’écriv’ mes « Soliloques » ;
Moi aussi, j’en ai des Idées !

Je veux pus êt’ des Écrasés,
D’ la Mufflerie contemporaine ;
J’ vas dir’ les maux, les pleurs, les haines
D’ ceuss’ qui s’appell’nt « Civilisés » !

Et au milieu d’ leur balthasar
J’ vas surgir, moi (comm’ par hasard),
Et fair’ luire aux yeux effarés
Mon p’tit « Mané, Thécel, Pharès ! »

Et qu’on m’ tue ou qu’ j’aille en prison,
J’ m’en fous, j’ n’ connais pus d’ contraintes
J’ suis l’Homme Modern’, qui pouss’ sa plainte,
Et vous savez ben qu’ j’ai raison !


vendredi, décembre 19, 2014

Ce que deviennent les mots

Le mot d'amour,
dit pour toujours
rêve d'un retour.

Le mot doux,
dit sans tabou
glisse le long du cou.

Le mot en retard,
dit trop tard
est mis au rancard.

Le mot de trop
dit illico
part à vau-l'eau.

Le mot dit,
à peine dit
déjà maudit.

mardi, décembre 16, 2014

Dans les yeux de ma mère

Dans les yeux de ma mère
se lit sa détresse
quand ses souvenirs
vers un ailleurs
s'échappent
aux lambeaux de sa mémoire
elle se rattrape.
Le néant fait son lit
petit à petit,
l'ailleurs devient aride.
Le sourire se fait rare,
lentement son regard
s'égare.
Dans les yeux de ma mère
se reflète ma tristesse,
dans son regard perdu
un jour,
je n’existerai plus.

dimanche, décembre 14, 2014

L'Origine des espèces de Charles Darwin

Pourquoi lire l'Origine des espèces lorsque l'on n'est ni biologiste, ni naturaliste, ni paléontologue ? Tout simplement pour comprendre les multiples références faites sur Darwin dans beaucoup de domaines. On entend souvent parler de darwinisme, néo-darwinisme, de darwinisme social, de théorie de l'évolution, des créationnistes qui sont anti darwiniens, alors pour bien comprendre ce qui se joue derrière toutes ses expressions, rien n'est plus utile que d'aller à la source. 
L'Origine des espèces n'est pas facile d'accès car Ch. Darwin s'adresse à ses pairs et les longues descriptions propres aux naturalistes sur les plantes et les animaux sont quelquefois difficile à suivre. Mais elles sont là pour démontrer la validité de sa théorie de la sélection naturelle donc nécessaire à sa compréhension.
Darwin après une observation rigoureuse de la nature, après la lecture des travaux des scientifiques de son époque, après aussi quelques expériences faites par lui-même, nous parle de la variation des espèces à l'état domestique et à l'état de nature et conclut que les multiples variétés d'espèces sont le résultat de l'action de la sélection naturelle et de la sélection sexuelle. Ainsi que de la lutte pour l'existence et de son influence sur la sélection naturelle car la survie d'une espèce dépendra de la relation et de la dépendance qu'elle aura avec les autres espèces et de son aptitude à laisser des descendants.
Il voulait par là démontrer que chaque espèce a un ancêtre commun, voire deux ou trois.
La sélection naturelle devient la cause essentielle, la force la plus importante de la survie d'une espèce : La sélection naturelle scrute les variations les plus légères, elle repousse celles qui sont nuisibles, conserve et accumule celles qui sont utiles, elle travaille en silence, insensiblement, partout et toujours, dès que l'occasion s'en présente pour améliorer tous les êtres organisés relativement à leur conditions d'existence organiques et inorganiques.
Et par là, il donne les raisons de l'extinction des espèces ce qui explique que le nombre des espèces n'est pas devenu infini : La sélection naturelle agit uniquement au moyen de la conservation des variations utiles ... à mesure que les formes favorisées augmentent en nombre, les formes moins favorisés diminuent. La rareté est le précurseur de l'extinction. Les formes les plus anciennes doivent disparaître à mesure que des formes nouvelles se produisent.
Ensuite il évoque les lois de la variation et les variations corrélatives. Puis il énumère et répond aux difficultés de la théorie de la sélection naturelle en posant les questions qui ne manqueront pas d'être posées sur la rareté des variations de transitions d'une même espèce, sur l'utilité des organes, sur l'instinct et l'hybridité. Puis il met en avant l'insuffisance des archives géologiques, de la distribution géographique des espèces et des affinités entre les espèces. Toutes difficultés qui mettraient en doute sa théorie sont pour Darwin une occasion de les surmonter pour mieux démontrer le bien-fondé de celle-ci.
On apprend aussi que Ch. Darwin était un lecteur d'Aristote et que par la théorie de la sélection naturelle, il a pu donner tout son sens et comprendre une idée énoncée par Aristote "Natura non facit saltus" , "la Nature ne fait pas de saut", maxime érigée en principe,  même si ce principe de continuité est actuellement contesté.
La lecture de ce livre donne l'occasion de réfléchir à la place de l'Homme dans ce vaste monde car tout en subissant les lois de la sélection naturelle, les hommes peuvent être acteur d'une sélection non naturelle, ou d'une sélection inconsciente, ils ont la possibilité de modifier des espèces, Darwin dira L'homme ne peut exercer son pouvoir sélectif que sur des variations que la nature lui a d'abord fournies... L'homme ne peut choisir que des déviations de conformation qui affectent l'extérieur.
Ce qui était vrai au 19ème siècle, l'est encore plus maintenant, et je pense vraiment que l'Homme n'est pas un animal comme un autre, même s'il subit les lois de la nature, sa capacité d’interagir sur  ces mêmes lois lui confère une responsabilité bien grande sur la marche de ce monde, car ce qui est toujours vrai actuellement c'est que L'homme n'a qu'un but : choisir en vue de son propre avantage ; la nature au contraire, choisit pour l'avantage de l'être lui-même.
Pour finir, j'en reviens au début de mon propos pour donner le sens de toutes ces expressions :
Le néo-darwinisme est une théorie de l'évolution qui englobe le darwinisme (la théorie de la sélection naturelle) et la théorie de l'hérédité énoncée plus tard par Mendel, elle tient compte des découvertes scientifiques sur la génétique. C'est une théorie synthétique de l'évolution.
Le darwinisme social est un détournement des propos de Darwin sur la lutte pour l'existence et sur la sélection naturelle au profit d'une idéologie libérale qui justifie la loi du plus fort. Ce n'est pas une lecture de l'Origine des espèces mais une interprétation, décidément de tout temps certains apprennent à lire entre les lignes avant d'apprendre à lire.
Darwin pour contrer cette interprétation, dans un livre ultérieur, précisera que l'empathie est nécessaire à la survie des espèces. Et dans l'Origine des Espèces, la conclusion du chapitre de la lutte pour l'existence montre la sensibilité de Darwin face à cette lutte pour la vie qui entraîne obligatoirement la mort des plus faibles, il écrit : la pensée de cette lutte universelle provoque de tristes réflexions, mais nous pouvons nous consoler avec la certitude que la guerre n'est pas incessante dans la nature, que la peur y est inconnue, que la mort est généralement prompte, et que ce sont les êtres sains et vigoureux qui survivent et se multiplient.
Les créationnistes qui se sont opposés à Darwin dès la publication de son livre croyaient en la création indépendante des espèces. A plusieurs reprises Darwin dénonce directement cette croyance, il dit : Admettre semblable hypothèse (il parle de ceux qui admettent que chaque espèce d'un genre a fait l'objet d'une création indépendante) c'est vouloir substituer à une cause réelle, une cause imaginaire, ou tout au moins inconnue. C'est vouloir faire de l’œuvre divine une dérision et une tromperie.
Une précision importante, être darwinien n'empêche pas de croire en Dieu, Darwin était croyant au moment où il écrit l'Origine des espèces, même si à la fin de sa vie il se disait agnostique.

S'immerger dans cette lecture c'est un peu faire le voyage de Darwin, alors même si quelquefois on a l'impression d'être submergé par la densité des informations nécessaires à la démonstration de cette théorie, rien ne nous empêche de prendre le temps de reprendre notre souffle pour mieux s'y replonger.

vendredi, décembre 05, 2014

Les murs

Murs de béton, de barbelés,
vers un ciel sans espoir,
tous hérissés.
Murs aveugles, sans ouvertures,
mais quand ils se fissurent,
dans ses fêlures,
 y coule le sang des hommes.
Murs, reflet de notre peur,
ils restent sourds à nos pleurs.
Murs visibles ou invisibles,
ils nous disent l'indicible.
A la haine les hommes font allégeance. 
Monuments de notre ignorance,
engeances de notre folie
les murs n'en finissent pas de pousser.
Frontières de la raison,
limites de l'intelligence,
s'y cogne notre cœur.

dimanche, novembre 30, 2014

Leçon de vie

Ce matin, au jardin, quatrième et dernier palmier mort



Après les fortes pluies  un tronc de palmier déjà mort s'est effondré ; l'on peut voir en son cœur ce petit charançon rouge qui n'a pas eu le temps de s'envoler et les cocons des larves qui n'ont pas eu le temps de se développer. Larves et jeunes charançons n'ont pas survécu à la mort du palmier. Ce charançon rouge pond dans les palmiers et ses larves pour vivre s'en nourrissent jusqu'à les tuer. 
Comme moyen de lutte on peut infester le palmier d'un ver parasite appelé le nématode, ce parasite pénètre dans les larves des charançons et s'en nourrit jusqu'à leur mort, et lui non plus ne survit pas à la mort de son hôte.
La vie de l'un veut la mort de l'autre, mais l'un sans l'autre, ils ne survivent pas...

 













Le chat, lui
peut-être sait-il déjà tout ça, 
pas plus étonné que ça, 
en profite pour se faire un nid


jeudi, novembre 27, 2014

Hommage à Denis MUKWEGE


Envie de rendre hommage à Denis Mukwégé, médecin qui s'est vu décerner le prix Sakharov cette année et le prix Nobel alternatif l'année dernière. Car tant que des hommes, par amour reconstruisent, ce que d'autres, par haine détruisent, l'espoir en l'humanité est encore permis.
Interview de Denis Mukwégé 

vendredi, novembre 21, 2014

Silence marin

Sans détour la terre a fait un tour
et découvre le soleil immobile
dans un silence de plomb.

Maintenant, des cris d'oiseaux
remplissent un instant l'espace
et brisent le silence.

Quand sur la mer s'éparpillent
mille éclats de silence, alors
s'y reflète le soleil immobile.

Le bruit du silence sur la mer
réveille la brise endormie,
elle s'étire et devient vent.

Puis le vent sculpte les vagues,
puis les vagues sculptent l'écume
dans un bruit ruisselant.

De bruit en silence,
sans détour la terre a fait un tour
et recouvre le soleil immobile.

Maintenant, la mer est plane
et l'écume silencieuse
s'estompe sur le sable.

jeudi, novembre 20, 2014

Variation


L'automne s'est décidé,
il a chassé l'été,
et entrouvre sa porte à l'hiver.
Le camélia choisit toujours 
ce moment pour fleurir.
D'un rouge éclatant l'an passé
les fleurs cette année ont préféré le violet.

vendredi, octobre 31, 2014

Le chant des planètes

La Nasa a retranscrit les ondes électromagnétiques, émises par les planètes, en sons pour qu'ils soient perceptibles à notre oreille.
Écoutez : Le chant des planètes

dimanche, octobre 19, 2014

Les apatrides du genre

Contre-feux de Pierre Bourdieu

En regardant Capitalisme, les deux premiers épisodes d'un long documentaire sur Arte qui a l'ambition de nous faire comprendre les tenants et aboutissants de notre économie capitaliste, je n'ai pu m'empêcher de penser à Contre-feux de Pierre Bourdieu. 
Le documentaire nous apprend les origines du capitalisme qui remonteraient à la découverte des Amériques, on y apprend aussi qu'Adam Smith était bien plus subtil que la lecture simpliste servie par les libéraux d'aujourd'hui, soupe indigeste d'une lecture tronquée de son livre La Richesse des Nations. Et qu'il part d'un postulat que les anthropologues d'aujourd'hui démentent. Il soutenait que l'on était passé d'une économie d'échange à une économie de marché.
Mais peu importe que ses théories, aient été écrites au 18ème siècle, dans un contexte économique et historique précis, elles servent de justification à l'idéologie néo-libérale. Les libéraux ont trouvé leur chantre en la personne d'Adam Smith.
Si ce documentaire nous explique le processus qui a permis la mise en place de notre système capitaliste, il montre aussi les injustices qu'il génère, ce qui m'amène à parler de Contre-freux.
Pierre Bourdieu dans Contre-feux combat le néo-libéralisme et propose des alternatives. Pour cela il suggère de réinventer la manière de protester et d'utiliser les mêmes armes que les libéraux, en l'occurrence les médias , en sachant échapper aux effets pervers de ceux-ci.
Dans Contre-feux il met en avant la responsabilité des intellectuels, qui trop souvent jouent le jeu du pouvoir et des médias et il justifie son engagement et ses prises de positions par le sentiment, peut-être illusoire d'y être contraint par une sorte de fureur légitime, proche parfois de quelque chose comme un sentiment du devoir.
En sociologue, il explique les mécanismes mis en place par les libéraux, décryptent leurs discours et par là nous démontre la puissance des mots et leur impact sur le gens ainsi que la médiatisation permanente du discours dominant, ce qui finit par engendrer fatalisme et soumission du peuple, ne pouvant plus imaginer qu'il existe d'autres solutions à cette spirale nuisible, perverse et injuste de notre système capitaliste. Sa vision est internationale, puisque le seul endroit où la globalisation est réelle c'est sur la place des marchés financiers où les économies dominantes définissent les règles économiques internationales, c'est pour cela qu'il en appelle à un nouvel internationalisme (deux moyens d'action : mobilisation des peuples et constitution d'un État social transnational). C'est ce qu'il prônait en 1996 lors d'états généraux suite aux grèves de décembre 1995, mais finalement, presque vingt ans plus tard, que reste-t-il du mouvement social de  1995 ?
Je trouve très beau de penser au niveau international, mais au vue des mentalités générées par le système capitaliste, il est possible qu'agir à un niveau bien plus petit soit, peut-être, plus efficace, allumer une multitude de contre-feux un peu partout, essaimer une pensée différente, consommer différemment, éduquer autrement peut amener, à la longue, à bousculer, voir renverser ce système.
Un autre sujet est évoqué, celui de la violence terroriste, P. Bourdieu analyse cette violence comme le produit de l'impérialisme universel de l'occident et la réponse à la violence dite légitime de cet impérialisme. A l'heure actuelle, on est en devoir de se poser la question des raisons qui amènent nos jeunes de banlieues mais pas toujours,  à rejoindre les rangs des djihadistes. Surement victimes aussi de cette violence dite légitime engendrée par notre économie capitaliste.
En attendant il est bon de relire Pierre Bourdieu, à travers ses analyses fines et pertinentes, il offre des pistes de réflexion pour réinventer une économie plus juste, en reliant l'économique et le social pour une économie du bonheur, en repensant à une redéfinition de la distribution entre le temps de production, le repos et le plaisir, vers une autre division du travail.



dimanche, septembre 28, 2014

Des larmes de cristal

Avant le silence de Michel Onfray (éditions Galilée)
Haïkus d'une année
Quelques uns ressemblent à des larmes de cristal
C'est beau, c'est tout
Le silence s'impose...
et sa lecture aussi.

lundi, septembre 22, 2014

Les Carnets d'André Blanchard

Sur un conseil avisé, lecture des Carnets d'André Blanchard.
Dès la lecture de "Entre chien et loup", je découvre un homme libre, ses pensées sont bien les siennes et pas celles d'un autre, cela peut paraître banal à dire mais c'est tellement rare.
De son œil aiguisé, il nous parle de littérature, de l'actualité, de ses lectures, de sa fille, de ses chats, et tout ça dans un style excellent, qu'il définit très bien : "Style : non l'épithète rare, mais l'inattendue, celle qui renouvelle une vision des choses en créant des analogies"*.
Jamais cynique, quelquefois ironique et avec quelques touches poétiques, il met à nu le tragique de la vie :" Pour certain d'entre nous, enfants, il y eut ce micmac : en fait de jouets, c'est nous qui en étions. Et la vie nous cassa."**; pour le plaisir du lecteur, il trimballe son spleen de lignes en lignes et par là fait un pied de nez à la mort : "La mort considérée comme le grand départ, on connaît, c'est le vocabulaire officiel. Seulement sous l'action du spleen vous vivez officieusement. Dès lors la mort c'est le contraire, c'est être enfin arrivé."***
Moraliste mais jamais moralisateur, en spectateur d'un monde qui le désole, s'il fait sourire c'est pour éviter de pleurer : "l'air du temps, qui est souvent celui des marchands, nous en persuade : désormais vivre, c'est cliquer. On en ferait une béatitude : Heureux les manchots..."****
Et vous avez le choix, neufs tomes pour Les Carnets, et trois autres livres Pèlerinages et Impressions, siècle couchant I et II composent les Chroniques qu'il me reste à lire.
A découvrir, sans plus tarder

* Entre chien et loup, éditions Le Dilettante
*** A la demande générale, éditions Le Dilettante
** et**** Contrebande, éditions Le Dilettante

vendredi, septembre 19, 2014

Equinoxe d'automne

avec un peu d'avance

De solstices en équinoxes
toutes les saisons défilent,
de lunes en soleils
les jours et les nuits filent.
Tout tourne et file.

Nécessité vitale
d'une révolution terrestre,
sur le fil du temps, se déroulent
les cycles de la vie.

Égalité fugace,
d'un jour et d'une nuit
l'équinoxe d'automne annonce
d'interminables nuits.

Sur la ligne d'équinoxe,
entre le jour et la nuit,
un instant, en équilibre,
je suis là, immobile.

A l'automne de ma vie,
j'entrevois la sagesse
comme l'aube d'un printemps.
Et avant le déclin d'un crépuscule d'hiver,
avec joie, je savoure
la nostalgie heureuse d'un été.

lundi, septembre 08, 2014

Expérience d'un parti politique à suivre de près : "Podemos"


Les militants et les têtes pensantes du Front de Gauche devraient passer leurs vacances en Espagne. Ainsi ils pourraient voir se créer un nouveau parti politique qui propose une vraie alternative politique.
Podemos, parti créé en août 2014, vrai parti populaire au sens noble du terme, où les décisions se prennent à l'horizontale, où le peuple est consulté localement lors d'assemblées ou de "cercles" et est interpellé sur des problèmes locaux précis et concrets.
Il serait bon d'aller voir, le fonctionnement de ce parti, de ces assemblées et de son système de vote pour s'en inspirer.
A lire deux articles de GlobalVoicesFrancais
Podemos le parti espagnol à vocation citoyenne
Podemos le parti politique alternatif espagnol qui étend la démocratie en Cercles

dimanche, août 31, 2014

L'exemplarité

En rangeant mon bureau, je retrouve quelques notes écrites après la lecture d'un article sur internet, manque de rigueur, je n'avais pas noté ni le titre, ni l'auteur,ni la date, mais ce qu'il disait m'a interpellé et j'avais eu l'envie de réagir, je l'ai toujours : cet article disait que si les médias, les intellectuels, les politiques n'avaient pas diabolisé le FN, il n'en serait pas là, que si les différents partis politiques ne s'étaient pas servis du FN à des fins électoralistes, il n'en serait pas là non plus. C'est un peu vrai d'accord, mais ce ne sont pas les seules raisons.
Si le FN en est là c'est aussi pour d'autres raisons :
- la première c'est l'échec de notre politique libérale, sur le plan économique : cela ne marche pas, trop de laissés-pour-compte sur le bord de la route, trop de misère chez nous, une politique post coloniale inexistante, trop de misère d'ailleurs qui vient s'échouer chez nous, et un trop grand écart entre la multitude de pauvres et le très petit nombre de très riches, la tentative désespérée de ranimer une Europe déjà morte depuis longtemps au prix de la faillite prévisible des pays les plus pauvres, et bientôt de la notre.
Si l'on rajoute à ça les "affaires" des politiciens qui parsèment l'actualité et participent à un dégoût de plus en plus grand de cette classe qui non seulement détient le pouvoir depuis longtemps et fait tout pour sauvegarder son statut, ses salaires et ses multiples avantages acquis sur le dos de la majorité des français, une classe politique totalement déconnectée de la réalité quotidienne des français, qui ne sait pas ce que c'est que vivre avec un smic.
- la deuxième est que Marine Le Pen veut le pouvoir, et ne se ménage pas, elle n'est pas là pour faire partie du paysage et pour jouer les trublions, elle est habile, elle sait parler et tente sur les pas de son père encombrant de ratisser très large, de trouver un public que son père ne pouvait pas capter.
- la troisième est d'ordre plutôt psychologique, la nature humaine est ainsi faite, il est tellement plus simple de désigner un coupable, qui portera le poids de tous nos maux, tellement plus simple de ne pas penser. Et finalement l'autorité rassurante et encadrante du FN permet aux gens d'exprimer sans crainte leur haine et leur violence légitimées par ce parti..
Il était dit aussi dans ce même article que pour contrer Marine Le Pen il faudrait donc parler de son programme économique assez débile et fragile et qui ne pourra sûrement pas enrayer la crise. D'accord mais les programmes économiques des autres partis ne sont-ils pas aussi débiles et fragiles, n'ont-ils pas prouver leurs faiblesses, leur inefficacité, le chômage ne cesse d'augmenter, la croissance ne redémarre pas... alors difficile de s'attaquer à un programme économique quand le sien est défaillant.
Je continue de penser qu'il faut combattre le FN au niveau des idées, il faut démontrer que les idées et les valeurs qu'il met en avant sont dangereuses pour la démocratie.
Mais pour cela il faudrait que les médias ne jouent pas le jeu des politiques, et que les partis politiques détenant le pouvoir aient un comportement exemplaire, en ce sens ils sont les premiers à mettre en danger notre république et la démocratie.

vendredi, août 29, 2014


"Sans la musique la vie serait une erreur, une besogne éreintante, un exil."
Nietzsche
C'est tellement vrai, la musique nous remplit de cette légèreté un peu grave, un peu comme quand on regarde la mer et ainsi procure un vrai sentiment d'exister.
Pour Nietzsche  l'Homme souverain c'est celui qui porte en lui la puissance de soi qui fait libre. Alors je me dis que l'Homme, c'est sûr a besoin de la musique et de la poésie qui portent en elles la puissance qui le fera Homme souverain.

jeudi, août 21, 2014

Une mer intérieure

1
Les hommes sont surpris que la mer obéisse à la terre 
quand par l'effet d'un jeu de plaques, la mer indolente
se rétracte, se contracte, donne au calme un faux air.
Et en se retirant la mer se renforce et d'une vague meurtrière,
violemment, se brise sur les terres habitées.
----
Par surprise la terre sous nos pieds s'est ouverte
quand par l'effet d'une mort, la vie suintante
se dérobe, se dissipe et donne au vide son sens.
 La vie en s'écoulant se résigne et d'une vague destructrice,
brutalement, entraîne nos âmes affligées.


2
Les hommes sont surpris que la mer obéisse à l'air
par les vents et les courants la mer se montre coléreuse
les vagues, immenses, l'une sur l'autre s'abattent,
dans un grand bruit se fracassent et masquent l'horizon.
La mer impétueuse dédaigne ceux qui l'ont bravée.
----
Étonnés par la tempête, la colère
envahit tout notre être, ainsi bouleversés,
et brisés par la force de ces vents contraires,
entrainés dans le creux de vagues si profondes,
nous errons, aveuglés, n'espérant plus d'horizon.


3
Les hommes sont surpris que la mer obéisse au feu
quand dans ces eaux froides la lave du volcan s'épanche
 de ces rejets acides et bouillonnants, et pourtant,
de ce brasier débordant, la mer, féconde, enfante
de nouvelles terres vierges prêtent à accueillir la vie.
----
Quand le feu s'insinue en nous, la vie s'échauffe,
et des cendres mouillées, nous pouvons renaître,
d'un souffle de vie, quelques étincelles s'embrasent.
Le feu, jamais repu, se nourrit de la vie,
 nous découvrons enfin des terres inconnues.


4

Les hommes sont surpris que la mer n'obéisse plus
quand plus rien ne vient l'irriter, la mer lisse et souple,
se laisse chahuter, toujours en mouvement elle
accepte de porter la vie, d'une terre à une autre
sans cesser d'afficher sa force, sa puissance.
----
Quand n'obéissant plus à nos angoisses,
 qui cèdent ainsi la place à la sérénité , 
nos âmes, alors, tranquilles et bienveillantes,
célèbrent le périple d'une existence intense
 et puissante quelque soit sa durée.


 



samedi, août 16, 2014

L'amitié épicurienne

"L'amitié danse autour du monde habité, proclamant à nous tous qu'il faut nous réveiller pour louer notre félicité"
Sentences vaticanes
Epicure


samedi, août 09, 2014

Nuit d'été sans grillons


Silence d'une nuit d'été,
Silence d'une étoile, filant
dans un ciel étoilé.
Nuit amputée de son chant
Tel un souvenir estropié.

mercredi, août 06, 2014

De la nature de Lucrece traduit par Olivier Sers

De la nature de Lucrèce
Le plus beau conseil que je puisse donner cet été est de lire dans cette nouvelle traduction De la nature même si vous l'avez déjà lu. Tour de force d'Olivier Sers qui l'a traduit en alexandrins vers pour vers et franchement ce ne fut pas la moins bonne des idées. La lecture n'en est que plus belle, plus rythmée et donne même, par là, une meilleure lisibilité de la philosophie d'Epicure.
Un petit exemple pour vous faire une idée : extrait du chant III dédié à Epicure, un des moments que je préfère

Chant III vers 1076 à 1094

Traduction "classique" traduit par José Kany-Turpin (ed.Flammarion)

Enfin, pourquoi trembler si fort dans les dangers ?
De quel piètre amour de la vie sommes-nous donc esclaves ?
Un terme est pourtant fixé à la vie des mortels :
impossible d'esquiver la mort, il faut se rendre.
Et puis l'on tourne en rond à rester toujours là
et nul plaisir nouveau ne vient frapper la vie.
Mais tant qu'il nous échappe un objet convoité
semble à tous préférable et, quand nous l'obtenons,
vers un autre aussitôt va notre avidité.
Toujours béants, par la même soif de vivre obsédés !
Et le sort qu'entraîne le temps est incertain
comme les coups du hasard ou la fin qui nous guette.
En prolongeant la vie, nous ne retranchons rien 
au temps que dure la mort ; il est irréductible.
Aucune chance donc de disparaître moins longtemps.
Enclos dans une vie autant de siècles que tu veux,
la mort n'en restera pas moins éternelle.
N'être plus ne dure pas moins, que la vie ait pris fin
à l'aube de ce jour ou depuis des mois, des années. 


Traduction en alexandrins vers pour vers de Olivier Sers (ed. Les Belles lettres)

Quel appétit malsain de vie nous presse-t-il
De tant trembler dans les dangers et les épreuves ?
La vie pour les mortels a sa fin sûre et proche,
Nul ne peut éviter d'affronter le trépas !
Puis, nous tournons sans cesse en rond sans en sortir,
Vivre plus ne saurait forger nul plaisir neuf,
Tout objet désiré, manquant, vaut plus pour nous,
Que tout autre, est-il nôtre, il nous en faut un autre,
La même soif de vie nous fait toujours béer.
Enfin nul ne sait rien du sort qu'il subira,
Des hasards de sa vie, de sa mort qui le guette,
Et vivre plus n'ôtera rien pourtant au temps
Réservé à la mort, rien ne peut s'en soustraire
pour, qui sait, raccourcir notre futur néant.
Tu peux donc, toi vivant, voir périr mille siècles,
Toujours la mort t'attend, et toujours éternelle,
Et tous les deux aussi longtemps ne seront plus,
Celui de qui les yeux se sont fermés hier
Et celui mort depuis des mois et des années.
 


Lucrèce nous présente  la philosophie d'Epicure, témoignage précieux car si peu d'écrits nous sont restés de ce philosophe que tout un chacun le pense à contre sens. N'en déplaise à certains, Epicure n'est pas le philosophe de toutes les jouissances, sa philosophie matérialiste propose plutôt une ascèse des plaisirs, de laisser les dieux à leur place dans un entre deux mondes, de nous éloigner de nos angoisses de mortels,  pour que le temps que nous ayons à vivre ici et maintenant nous puissions le vivre comme des dieux parmi les hommes. Et toute sa vie sera un éloge à l'amitié, sentiment qu'il plaçait au dessus de tout.
Lucrèce poète, s'est fait le passeur incontournable de cette philosophie, aujourd'hui Oliviers Sers lui rend un bel hommage quand avec talent il rend son rythme à ce poème, et lui offre une nouvelle vie.

dimanche, août 03, 2014

Hypnos : celui qui reste éveillé quand le monde est endormi

Fureur et Mystère de René Char
Poète d'une lucidité impressionnante, d'une écriture unique,
quelques beaux moments de lecture dans Feuillets d'Hypnos dédié à Albert Camus pour donner envie de le lire et le relire :

La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.

Serons-nous plus tard semblables à ces cratères où les volcans ne viennent plus et où l'herbe jaunie sur sa tige ?

C'est quand tu es ivre de chagrin que tu n'as plus du chagrin que le cristal.

Je n'ai pas vu d'étoile s'allumer au front de ceux qui allaient mourir mais le dessin d'une persienne, qui soulevée, permettait d'entrevoir un ordre d'objets déchirants ou résignés, dans un vaste local où des servantes heureuses circulaient.

samedi, août 02, 2014

L'artichaut, sa fleur et l'araignée


Ivre de ses mots qui tournent sans répit dans mon esprit, la poésie devient îlot dans ce drôle de monde, où les esprits mobilisés par de fausses activités, par de facondes paroles, ne savent plus regarder.
La poésie devient phare et éclaire le regard des âmes aveuglées pour ne pas sombrer fracassées sur les rochers.
La poésie dévoile la vérité du monde et lui rend hommage, vibrant témoignage d'une réalité souvent intolérable, et quelquefois vivable.
La poésie apprend à magnifier l'instant et donne au regard toute son intensité.

Ce matin là, mon regard se posa sur cet artichaut oublié là, par inadvertance, heureux oubli que celui là, de l'artichaut je ne connaissais que le cœur, dont gourmande je me régale, je n'en connaissais pas la fleur.


dimanche, juillet 27, 2014

Enfin en vacances !

Si on me demande ce que sont les vacances idéales, je réponds sans hésiter, les vacances pour être idéales doivent ressembler à ces débuts d'après-midi d'été où l'air est immobile, la chaleur enveloppante, le silence étonnant, quand les cigales par instant se taisent, et qu'aucun chien n'aboie. 
Où à l'ombre d'une treille, d'un tilleul ou d'un grand chêne, les corps s'assoupissent et les esprits s'aiguisent. 
Ce moment propice à l'oisiveté, permet à la pensée de prendre toute la place qui lui revient, sans avoir à se soucier d'un horaire ou d'un travail. 
Pouvoir enfin laisser un mot, une idée, une image prendre tous les chemins possibles pour trouver le sien. 
Laisser le temps à son intelligence de s'exercer à la pensée. 
Et en soirée, lorsque le soleil capitule, une marche salutaire met en ordre la pensée de ce début d'après-midi d'été et chaque mot trouve sa juste place pour enfin l'exprimer, puis la partager ou la conserver.

jeudi, juillet 24, 2014

Guerres...

"Il y a toujours eu la guerre dit Veillard. Mais on s'habitue vite à la paix. Alors on croit que c'est normal. Non, ce qui est normal c'est la guerre"
Le premier homme
Albert Camus
la paix, construction fragile de l'homme,
la guerre, disposition naturelle propre à l'homme,
difficile de s'y faire...

dimanche, juillet 20, 2014

Etat fédéral contre Etat nation

L'IRA, le FLNC, l'ETA ont cessé la lutte armée mais continuent leur combat sur le plan politique et démocratique.
C'est un succès, succès de la raison, et c'est sûrement un de ces moments dans l'Histoire qu'il ne faut pas manquer, pour les états concernés il est temps de réfléchir à la mise en place d'un état fédéral, système qui apparaît comme le garant d'une paix durable. Pour cela des hommes ont déjà réfléchi, il serait bon de les relire :
http://www presse fédéraliste :Trois réflexions sur les apports de Proudhon sur le fédéralisme

samedi, juillet 19, 2014

Actualités : ensemble des évènements récents, actuels

La semaine dernière ma vieille maman me demandait des nouvelles du monde car cette semaine là, elle n'avait pas écouté les actualités me dit-elle. 
Je lui fis un résumé des faits marquants de la semaine en question : guerre au Proche Orient, les comptes de l'ump, la coupe du monde de football, les premiers départs en vacances, la grève de la Sncm. 
En énumérant ces actualités je me suis dit que j'aurai pu lui dire exactement la même chose quatre ans auparavant, il y avait bien une coupe du monde de football, les guerres au moyen orient font depuis longtemps la une de nos journaux, les affaires des partis politiques se succèdent chaque année, les départs en vacances meublent nos actualités chaque été, les grèves des transports maritimes, ferroviaires ou aériens sont aussi récurrents que les départs en vacances.
Dans quatre ans qu'en sera-t-il ? il y a fort à parier que ce sera la même ritournelle.
Si le monde ne tourne pas rond, les hommes eux tournent en rond et l'actualité, elle, devient intemporelle.

dimanche, juillet 13, 2014

Qu'est-ce que le propriété ? Proudhon (3)



 Pour Xavier, toujours

Résumé du Chapitre 4   "Que la propriété est impossible"


Argument foudroyant des propriétaires :

L’égalité des conditions est impossible et si les hommes étaient égaux, personne ne voudrait travailler. Face à ce discours, Proudhon veut démontrer que c’est la propriété qui est impossible, il va tenter de le démontrer en neuf propositions, après avoir défini l’aubaine et le droit d’aubaine.

Son hypothèse de base : la propriété est le droit d’aubaine que le propriétaire s’attribue sur une chose marquée par lui de son seing. Les différents noms de l’aubaine : fermage, loyer, rente, intérêt, bénéfice, gain, profit.

Le propriétaire exige que la prestation de son droit s’exprime soit en signe monétaire, soit par un dividende en nature du produit.

La propriété est le droit d’aubaine c’est-à-dire le pouvoir de produire sans travailler



4.1 La propriété est impossible, parce que de rien elle exige quelque chose

Le propriétaire ne produisant ni par lui-même, ni par son instrument et recevant des produits en échange de rien est ou un parasite ou un larron. Donc si la propriété ne peut exister que comme un droit, la propriété est impossible.



4.2 La propriété est impossible, parce que là où elle est admise la production coûte plus qu’elle ne vaut

Dans une juste économie, il y a équation entre la production et la consommation, cela ne peut être le cas puisque le propriétaire est improductif



4.3 La propriété est impossible, parce que sur un capital donné, la production est en raison du travail, non en raison de la propriété

La propriété est le droit d’aubaine et non le droit de capitation (taxe par individu), l’aubaine a pour mesure la fraction de la production du propriétaire. Le droit d’aubaine qui ne peut exister que dans des limites très restreintes, marquées par les lois de productions s’annihile par le droit d’occupation ; or sans le droit d’aubaine pas de propriété, donc la propriété est impossible.



4.4 La propriété est impossible, parce qu’elle est homicide

Le droit d’aubaine devrait se réduire à une indemnité de reconnaissance qui ne dépasse pas une fraction de ce qu’un travailleur est capable de produire. Mais le propriétaire se fait payer par capitation (impôt par tête), évalue ce qu’il lui est dû sur son capital et non sur son travail

Proudhon démontre que la propriété dépouille le travailleur par l’usure et l’assassine par l’exténuation, ce qui nuit à la propriété donc elle est impossible.



4.5 La propriété est impossible, parce qu’avec elle la société se dévore

Pour assouvir la propriété, il faut d’abord que le travailleur produise au-delà de ses besoins puis au-delà de ces forces. Pour cela il faut s’emparer de la production d’autrui et par conséquent diminuer le nombre de producteurs. La société se dévore par la suppression des travailleurs et par la retenue que la propriété exerce sur la consommation du producteur.

Proudhon cite la fable de Phèdre « la vache, la chèvre et la brebis en société avec le lion » :

La vache, la chèvre, la brebis et le lion
Il n'y a jamais de sûreté dans l'association avec le puissant ; cette petite fable montre la vérité de ce que j'avance. Une vache, une chèvre et une brebis habituée à l'injustice firent dans les bois société avec un lion. Comme ils avaient pris un cerf de grande taille, les parts faites, le lion parla ainsi : « C'est moi qui prends la première puisqu'on m'appelle roi, elle m'appartient; la seconde, comme je suis vaillant, vous me la donnerez ; et parce que je suis le plus fort, la troisième me reviendra. Malheur à qui touchera à la quatrième ! » ; Ainsi, grâce à sa mauvaise foi, il emporta pour lui seul la proie tout entière.

Proudhon la traduit ainsi :

Je suis entrepreneur, je prends la première part

Je suis travailleur, je prends la deuxième,

Je suis capitaliste, je prends la troisième

Je suis propriétaire, je prends tout.

Pour que le producteur vive, il faut que son salaire puisse racheter son produit. Pour cela il faudrait l’acheter à prix coûtant et le droit d’aubaine ne le permet pas. La propriété vend au travailleur le produit plus cher qu’elle ne lui paye.



4.6 La propriété est impossible parce qu’elle est mère de tyrannie

Si la souveraineté ne peut et ne doit être attribuée à chaque citoyen qu’en raison de sa propriété, il s’ensuit que les petits actionnaires sont à la merci des plus forts. Il s’ensuit que la propriété est incompatible avec l’égalité politique et civile donc la propriété est impossible.



4.7 La propriété est impossible, parce qu’en consommant ce qu’elle reçoit elle le perd, qu’en l’épargnant elle l’annule, qu’en le capitalisant elle le tourne contre la production

I) Qu’est-ce que le propriétaire ? Une machine qui ne fonctionne pas, ou qui en fonctionnant pour son plaisir et selon son caprice ne produit rien. Consommer propriétairement, c’est consommer sans travailler et sans reproduire à l’inverse du travailleur. La consommation propriétaire est nommée luxe par opposition à la consommation utile.

Le propriétaire qui travaille est un fonctionnaire qui se fait payer deux fois

II) Quand le propriétaire épargne, on ne voit plus rien, les choses qu’il met de côté passent dans un autre monde. Il empêche les autres de jouir sans jouir lui-même.

III) Le propriétaire qui au lieu de consommer son revenu le capitalise le tourne contre la production et par là rend l’exercice de son droit impossible. Car plus il augmente la somme des intérêts à payer, plus il est forcé de diminuer le salaire.



4.8 La propriété est impossible, parce que sa puissance d’accumulation est infinie et qu’elle ne s’exerce que sur des quantités finies

Proudhon pose quelques questions :

Hors de quelles limites le peuple a-t-il droit de refuser le budget, le fermier son fermage, l’industriel les intérêts de son capital ?

Jusqu’à quel point l’oisif peut-il exploiter le travailleur ?

Quand est-ce que le producteur peut dire au propriétaire : je ne te dois plus rien ?

Entre le droit d’aubaine et la perception de cette aubaine il n’y a jamais équation

La propriété est un droit contre la nature, contre la raison



4.9 La propriété est impossible, parce qu’elle est impuissante contre la propriété

La propriété pour se produire pour agir a besoin de la force ou de la fraude, la propriété n’est pas égale à la propriété, c’est une négation.