mercredi, août 06, 2014

De la nature de Lucrece traduit par Olivier Sers

De la nature de Lucrèce
Le plus beau conseil que je puisse donner cet été est de lire dans cette nouvelle traduction De la nature même si vous l'avez déjà lu. Tour de force d'Olivier Sers qui l'a traduit en alexandrins vers pour vers et franchement ce ne fut pas la moins bonne des idées. La lecture n'en est que plus belle, plus rythmée et donne même, par là, une meilleure lisibilité de la philosophie d'Epicure.
Un petit exemple pour vous faire une idée : extrait du chant III dédié à Epicure, un des moments que je préfère

Chant III vers 1076 à 1094

Traduction "classique" traduit par José Kany-Turpin (ed.Flammarion)

Enfin, pourquoi trembler si fort dans les dangers ?
De quel piètre amour de la vie sommes-nous donc esclaves ?
Un terme est pourtant fixé à la vie des mortels :
impossible d'esquiver la mort, il faut se rendre.
Et puis l'on tourne en rond à rester toujours là
et nul plaisir nouveau ne vient frapper la vie.
Mais tant qu'il nous échappe un objet convoité
semble à tous préférable et, quand nous l'obtenons,
vers un autre aussitôt va notre avidité.
Toujours béants, par la même soif de vivre obsédés !
Et le sort qu'entraîne le temps est incertain
comme les coups du hasard ou la fin qui nous guette.
En prolongeant la vie, nous ne retranchons rien 
au temps que dure la mort ; il est irréductible.
Aucune chance donc de disparaître moins longtemps.
Enclos dans une vie autant de siècles que tu veux,
la mort n'en restera pas moins éternelle.
N'être plus ne dure pas moins, que la vie ait pris fin
à l'aube de ce jour ou depuis des mois, des années. 


Traduction en alexandrins vers pour vers de Olivier Sers (ed. Les Belles lettres)

Quel appétit malsain de vie nous presse-t-il
De tant trembler dans les dangers et les épreuves ?
La vie pour les mortels a sa fin sûre et proche,
Nul ne peut éviter d'affronter le trépas !
Puis, nous tournons sans cesse en rond sans en sortir,
Vivre plus ne saurait forger nul plaisir neuf,
Tout objet désiré, manquant, vaut plus pour nous,
Que tout autre, est-il nôtre, il nous en faut un autre,
La même soif de vie nous fait toujours béer.
Enfin nul ne sait rien du sort qu'il subira,
Des hasards de sa vie, de sa mort qui le guette,
Et vivre plus n'ôtera rien pourtant au temps
Réservé à la mort, rien ne peut s'en soustraire
pour, qui sait, raccourcir notre futur néant.
Tu peux donc, toi vivant, voir périr mille siècles,
Toujours la mort t'attend, et toujours éternelle,
Et tous les deux aussi longtemps ne seront plus,
Celui de qui les yeux se sont fermés hier
Et celui mort depuis des mois et des années.
 


Lucrèce nous présente  la philosophie d'Epicure, témoignage précieux car si peu d'écrits nous sont restés de ce philosophe que tout un chacun le pense à contre sens. N'en déplaise à certains, Epicure n'est pas le philosophe de toutes les jouissances, sa philosophie matérialiste propose plutôt une ascèse des plaisirs, de laisser les dieux à leur place dans un entre deux mondes, de nous éloigner de nos angoisses de mortels,  pour que le temps que nous ayons à vivre ici et maintenant nous puissions le vivre comme des dieux parmi les hommes. Et toute sa vie sera un éloge à l'amitié, sentiment qu'il plaçait au dessus de tout.
Lucrèce poète, s'est fait le passeur incontournable de cette philosophie, aujourd'hui Oliviers Sers lui rend un bel hommage quand avec talent il rend son rythme à ce poème, et lui offre une nouvelle vie.

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