dimanche, février 08, 2015

Le langage et la pensée



En feuilletant une encyclopédie, Histoire de L’humanité aux ed. Robert Laffont, je lis un chapitre, « la genèse de la pensée et du langage » qui me rappelle alors un échange que j’avais eu avec ma fille qui avait alors dix ans. Au détour d’une conversation, ma fille m’avoua s’ennuyer à l’école. Je m’inquiétais alors, non pour ces résultats qui étaient bons, mais je pensais qu’elle devait trouver le temps long puisqu’elle passait la majeure partie de la journée à l’école. Elle me dit de ne pas m’inquiéter, qu’elle ne faisait pas rien, qu’elle pensait. Curieuse de savoir le contenu de ses pensées, je lui demandais à quoi elle pensait. Elle me répondit : - eh bien, hier, je me posais une question : comment les sourds et muets peuvent penser puisqu’ils ne connaissent pas les mots ? Parce que dans ma tête, il y a plein de mots qui se cognent, alors je sais que je pense. Je lui parlais alors du langage des signes, des appareils auditifs, de la rééducation des sourds pour qu’ils puissent effectivement nommer les choses et communiquer avec les autres, ainsi élaborer une pensée.
Mais je n’avais pas tenu compte de toute la dimension de sa question et j’éludais totalement le lien qui existait entre le langage et la pensée, lien qu’elle avait instinctivement compris.
Donc des années plus tard, je vais compléter ma réponse cela peut encore intéresser ma fille et beaucoup d’autres personnes. Je tiens à donner un petit aperçu de ce chapitre sur la genèse de la pensée et du langage :
L’invention du langage :
Deux hypothèses sont retenues : pour certains le langage est apparu au Paléolithique supérieur, il y a 40 000 ans, pour d’autres le langage existait déjà au Paléolithique inférieur. Dans tous les cas chacun s’accorde à dire que le langage est apparu quand l’homme a commencé à fabriquer des outils
Le langage n’est pas inhérent à l’homme, il est une invention. Une théorie ressort le plus souvent : la théorie gestuelle. Cette théorie met en avant la relation entre les gestes et les phonèmes. Trois étapes sont décrites :

  • Première étape : une gesticulation globale accompagnée d’un babillement. Le babillement a pu donner des holophrases.
  •   Deuxième étape : le geste est de plus en plus précis et est associé à des sonorités de plus en plus précises. C’est le début de la pensée dirigée.
  •  Troisième étape : abandon des gestes au profit de signes systématisés et de mots. La pensée analytique est possible.

L’anatomie du cerveau vient étayer la thèse de la dérivation du langage à partir du geste car il n’existe pas de centre particulier au langage  dans le cerveau mais une zone large qui traverse l’aire visuelle, auditive et l’aire de la motricité.
Le rôle du langage dans le développement de la pensée :
Donc la main, le geste fut un auxiliaire du cerveau en devenir de l’homme, mais cela ne suffit pas, il a fallu le développement du cortex pour renforcer la puissance mentale de l’homme. Et la grande taille des lobes frontaux et temporaux est une caractéristique particulière à l’homme. Ce cerveau unique dans le monde animal a permis la conservation des souvenirs et l’association de ceux-ci.
La mémoire, l’association procurant la faculté de concevoir les images sont les capacités nécessaires à une pleine conscience de soi.
Mémoriser les expériences puis les transmettre aux autres par un langage de plus en plus précis a été indispensable au développement de la pensée.

Petit aparté, la lecture de ce chapitre m'a rappelé la lecture de l'excellent livre de Boris Cyrulnick " l’Ensorcellement du monde ".

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