En
feuilletant une encyclopédie, Histoire de L’humanité aux ed. Robert Laffont, je
lis un chapitre, « la genèse de la pensée et du langage » qui me
rappelle alors un échange que j’avais eu avec ma fille qui avait alors dix ans.
Au détour d’une conversation, ma fille m’avoua s’ennuyer à l’école. Je m’inquiétais
alors, non pour ces résultats qui étaient bons, mais je pensais qu’elle devait
trouver le temps long puisqu’elle passait la majeure partie de la journée à l’école.
Elle me dit de ne pas m’inquiéter, qu’elle ne faisait pas rien, qu’elle
pensait. Curieuse de savoir le contenu de ses pensées, je lui demandais à quoi
elle pensait. Elle me répondit : - eh bien, hier, je me posais une
question : comment les sourds et muets peuvent penser puisqu’ils ne
connaissent pas les mots ? Parce que dans ma tête, il y a plein de mots
qui se cognent, alors je sais que je pense. Je lui parlais alors du langage des
signes, des appareils auditifs, de la rééducation des sourds pour qu’ils
puissent effectivement nommer les choses et communiquer avec les autres, ainsi
élaborer une pensée.
Mais
je n’avais pas tenu compte de toute la dimension de sa question et j’éludais
totalement le lien qui existait entre le langage et la pensée, lien qu’elle
avait instinctivement compris.
Donc
des années plus tard, je vais compléter ma réponse cela peut encore intéresser
ma fille et beaucoup d’autres personnes. Je tiens à donner un petit aperçu de ce
chapitre sur la genèse de la pensée et du langage :
L’invention
du langage :
Deux
hypothèses sont retenues : pour certains le langage est apparu au
Paléolithique supérieur, il y a 40 000 ans, pour d’autres le langage
existait déjà au Paléolithique inférieur. Dans tous
les cas chacun s’accorde à dire que le langage est apparu quand l’homme a
commencé à fabriquer des outils
Le
langage n’est pas inhérent à l’homme, il est une invention. Une théorie ressort
le plus souvent : la théorie gestuelle. Cette théorie met en avant la
relation entre les gestes et les phonèmes. Trois étapes sont décrites :
- Première étape : une gesticulation globale accompagnée d’un babillement. Le babillement a pu donner des holophrases.
- Deuxième étape : le geste est de plus en plus précis et est associé à des sonorités de plus en plus précises. C’est le début de la pensée dirigée.
- Troisième étape : abandon des gestes au profit de signes systématisés et de mots. La pensée analytique est possible.
L’anatomie
du cerveau vient étayer la thèse de la dérivation du langage à partir du geste
car il n’existe pas de centre particulier au langage dans le cerveau mais une zone large qui
traverse l’aire visuelle, auditive et l’aire de la motricité.
Le
rôle du langage dans le développement de la pensée :
Donc
la main, le geste fut un auxiliaire du cerveau en devenir de l’homme, mais cela
ne suffit pas, il a fallu le développement du cortex pour renforcer la
puissance mentale de l’homme. Et la grande taille des lobes frontaux et
temporaux est une caractéristique particulière à l’homme. Ce cerveau unique
dans le monde animal a permis la conservation des souvenirs et l’association de
ceux-ci.
La
mémoire, l’association procurant la faculté de concevoir les images sont les
capacités nécessaires à une pleine conscience de soi.
Mémoriser
les expériences puis les transmettre aux autres par un langage de plus en plus
précis a été indispensable au développement de la pensée.
Petit aparté, la lecture de ce chapitre m'a rappelé la lecture de l'excellent livre de Boris Cyrulnick " l’Ensorcellement du monde ".
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