dimanche, juin 22, 2014
Libre ou déterminé ? (2)
Souvent le débat liberté/déterminisme se passe au niveau d'un individu (choix, responsabilité, libre arbitre...), mais il devient intéressant de monter d'un échelon pour penser ce débat au niveau de la société.
Penser l'homme déterminé, ce n'est pas le dégager de la responsabilité de ses actes, mais c'est comprendre quelle est la part de la responsabilité de la société, que les hommes construisent chaque jour, dans ses actes.
Et par là, penser l'homme libre, c'est déresponsabiliser la société, donc les hommes qui la construisent, des effets induits par leurs choix politiques, économiques, etc.
Car penser l'homme libre ou déterminé, a des conséquences sur la construction d'une société, sur la justice, sur l'éducation, et même sur la manière de soigner. D'ailleurs si nous mesurions le degré de civilisation d'une société sur la manière dont elle juge, dont elle éduque et dont elle soigne, nous nous traiterions de "barbares"
Penser l'individu déterminé c'est se donner la possibilité de construire une société qui se donnerait les moyens de combattre tous les déterminismes, et qui donnerait les moyens à chacun d'apprendre la liberté.
Nous avons choisi un autre chemin me semble-t-il.
Cela me fait penser au premier article de la déclaration des droits de l'homme de 1789 : "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit..." il aurait fallu s'exprimer autrement et dire que comme les hommes ne naissent ni libres et ni égaux ni naturellement, ni en droit, tout doit être fait pour qu'ils le deviennent.
samedi, juin 21, 2014
Qu'est-ce que la propriété ? Prouhon (2)
Pour Xavier, encore
Qu'est-ce-que la Propriété ? Proudhon
Résumé du chapitre 3
Chapitre 3 Du travail comme cause efficiente du domaine de propriété
3.1 La terre ne peut être appropriée
Proudhon reprend la définition de l’économiste J.B Say
qui confirme le droit de l’homme de s’approprier le sol, et la définition du
juriste Comte qui dit que l’homme peut s’approprier le sol, contrairement à
l’eau ou l’air.
Proudhon est contre l’idée que l’on puisse s’approprier
le sol et pense que l’homme s’approprie autant l’eau que l’air quand il le
peut. Il donne comme exemple le droit de chasse et de pêche, l’eau d’une
fontaine appartient au propriétaire du sol, même les mers sont concernées, il
donne l’exemple de l’Etat portugais qui voulait être propriétaire du détroit de
Gibraltar.
De là Proudhon précise sa pensée : l’eau, l’air, la
lumière comme la terre sont indispensable à la conservation de l’homme, donc
chose commune, donc non susceptible d’appropriation. La terre est moins étendue
que les autres éléments, l’usage doit être au bénéfice de tous et non de
quelques-uns.
L’égalité des droits est prouvée par l’égalité des
besoins et par l’égalité de possession.
3.2 Le consentement universel ne justifie pas la propriété
Proudhon pense que l’homme ne peut pas reconnaître par
consentement la propriété, car c’est renoncer au travail, en abdiquer le moyen.
Le consentement universel ne prouve rien en faveur de la propriété et s’il
prouvait quelque chose ce serait l’égalité
3.3 La prescription ne peut jamais être acquise à la propriété
Toute propriété a commencé par la prescription, par la
possession continue.
La loi déclare que le laps de temps change le possesseur en propriétaire, elle suppose donc qu’un droit peut être crée sans une cause qui le produise. L’ordre public et la sécurité des citoyens ne demandaient que la garantie des possessions. Alors pourquoi la loi a-t-elle crée des propriétés. Selon Proudhon c’est une erreur de droit ; il reproche aux hommes de loi de ne pas avoir, au fil des siècles, réformer, compléter les lois mais de les avoir conservées se contentant de les commenter.
La loi déclare que le laps de temps change le possesseur en propriétaire, elle suppose donc qu’un droit peut être crée sans une cause qui le produise. L’ordre public et la sécurité des citoyens ne demandaient que la garantie des possessions. Alors pourquoi la loi a-t-elle crée des propriétés. Selon Proudhon c’est une erreur de droit ; il reproche aux hommes de loi de ne pas avoir, au fil des siècles, réformer, compléter les lois mais de les avoir conservées se contentant de les commenter.
3.4 Que le travail n’a pas lui-même, sur les choses de la nature aucune puissance d’appropriation
Un travailleur est payé de sa peine par le produit de son
travail, ce n’est pas pour autant qu’il acquiert des droits de propriété sur le
fond (le sol).
« L’homme a tout crée pour rendre une terre fertile,
il n’y avait rien à part le sol, la matière. C’est de cette matière que je
soutiens qu’il ne peut y avoir que la possession et l’usage sous la condition
permanente du travail, lui abandonnant pour un moment la propriété des choses
qu’il a produit. »
« Le droit au produit est exclusif jus in re, le droit à l’instrument est
commun jus ad rem »
3.5 Que le travail conduit à l’égalité des propriétés
Là Proudhon présuppose que le travail amène au droit de
propriété, cela l’amène à se poser une question : « Pourquoi le
bénéfice de cette prétendue loi restreint au petit nombre, est-il dénié à la
foule des travailleurs ? »
Pourquoi un fermier n’aurait pas le droit à une portion
de la propriété ? Quiconque travaille devient propriétaire de la valeur qu’il
crée et seul le maître en tire les bénéfices. Donc il propose que le
travailleur conserve même après avoir reçu son salaire un droit naturel de
propriété. Sinon c’est de l’exploitation de l’homme par l’homme. Ce que le
propriétaire doit aux travailleurs, il ne peut jamais lui rendre, par contre si
la propriété est partagée, toutes les conditions seront égales et il n’y aura
ni grands capitalistes, ni grands propriétaires…
3.6 Que dans la société tous les salaires sont égaux.
Proudhon remet en cause deux principes : « a
chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres », citation
de Saint Simon et « à chacun son capital, son travail et son talent »
de Fourier. Il traduit ces deux principes ainsi : à la plus grande
capacité, la plus grande rétribution est due, donc les appointements doivent
être proportionnés à l’œuvre et à la capacité.
Pour Proudhon, il faut distinguer deux choses dans le
travail : l’association et la matière exploitable. En tant qu’associés,
les travailleurs sont égaux et c’est une contradiction que l’un soit payé plus
que l’autre car le produit d’un travailleur ne peut être payé qu’avec le
produit d’un autre travailleur. La quantité de matière exploitable est limitée
il est donc nécessaire de diviser le travail par le nombre de travailleur. Ce qui
justifie l’égalité des salaires.
3.7 Que l’inégalité des facultés est la condition nécessaire de l’égalité des fortunes
Cela peut apparaître comme un paradoxe mais il faut
séparer deux choses : les fonctions et les rapports.
Fonctions : tout travailleur est censé capable de l’œuvre
dont il est chargé. Les fonctions sont différentes, donc les capacités sont
différentes pour des besoins multiples.
De là le principe de division du travail, principe fondé
sur la spécialité des vocations.
Rapports : La capacité de fournir une tâche sociale
étant donné à tous, l’inégalité des forces individuelles ne peut fonder aucune
inégalité de rétribution.
Pour Proudhon, tout ouvrage sortant des mains de l’homme,
comparé à la matière brute dont il est formé est d’un prix inestimable, « à
cet égard, la distance est aussi grande entre une paire de sabot et un tronc de
noyer qu’entre une statue de Scopas et un bloc de marbre ».
3.8 Que dans l’ordre de la justice, le travail détruit la propriété
Conclusion
L’homme isolé ne peut subvenir seul à tous ses besoins,
sa puissance est dans la combinaison intelligente de l’effort universel.
Prochain article
Résumé du chapitre 4
Que la propriété est impossible
lundi, juin 09, 2014
Qu'est-ce que la propriété ? Proudhon (1)
Pour Xavier
Qu'est-ce que la propriété ? Proudhon
Résumé chapitre 1 et 2
Résumé chapitre 1 et 2
Chapitre 1 Idée d’une révolution
Proudhon commence son livre par sa conclusion
La propriété c’est le vol
Il introduit son texte en définissant la monarchie et la
démocratie concluant que les deux systèmes sont identiques à part une
différence dans le nombre de volontés puisque en démocratie « la loi est
l’expression de la volonté du peuple », alors que sous une monarchie
« la loi est l’expression de la volonté d’un souverain. Et se pose une
question :
« Comment le peuple cherchant la liberté et
l’égalité est-il retombé dans le privilège et la servitude ? »
Il développe ses arguments en trois parties
Les principes de la propriété
Pourquoi l’égalité n’existe pas
Le principe du juste
Chapitre 2 De la propriété considérée comme droit naturel - De l’occupation et de la loi civile comme causes efficientes du domaine de la propriété
Il donne trois définitions de la propriété :
Selon le droit romain : droit d’user et d’abuser de
la chose autant que le comporte la raison et le droit
D’après la déclaration des droits de 1793 : droit de
jouir et de disposer à son gré de ses biens, ses revenus, du fruit de son
travail et de son industrie
Selon le code napoléonien : la propriété est le
droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu
qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois et règlements.
Proudhon souligne que la distinction entre abus et
domaine absolu est vaine et qu’en matière de propriété l’usage et l’abus se
confondent ; et qu’il n’existe pas de limitation à la propriété sinon la
propriété d’un autre
Puis il distingue deux formes de propriétés la
nue-propriété et la possession, ce qui est important car cela impliquera deux
droits :
-La jurisprudence pétitoire, droit relatif à la
nue-propriété qui est le jus in re ou droit dans la chose
-Et la jurisprudence possessoire, droit relatif à la
possession qui est le jus ad rem ou droit à la chose
De là, Proudhon intente à la société une action pétitoire
et veut prouver « que ceux qui ne possèdent pas
aujourd’hui sont propriétaires au même titre que ceux qui possèdent ».
2.1 De la propriété comme droit naturel
Dans ce chapitre Proudhon énumère les droits naturels et
imprescriptibles de l’homme de qui sont au nombre de 4 selon la déclaration des
droits de 1793 : Liberté, égalité, propriété, sûreté.
A partir de là, il
fait la démonstration que la propriété n’est pas un droit naturel.
Il dit : la liberté est inviolable, l’égalité devant
la loi ne souffre ni restriction, ni exception, la sûreté, obligation qui lie
l’Etat à ses citoyens est absolue.
Si la propriété n’est pas un droit naturel c’est parce
que le droit de propriété dépend de l’authenticité de son origine et les titres
sur lesquels on prétend fonder le droit de propriété se réduisent à deux :
l’occupation et le travail.
2.2 De l’occupation
comme fondement de la propriété
Le De Finibus de Cicéron : « mais de même que dans un théâtre, qui est un endroit
commun à tous, il est cependant permis de dire que chaque place appartient à
qui l’a occupée, de même dans la cité commune ou le monde, le droit ne s’oppose
pas à ce que chaque chose appartient en propre à quelqu’un »
La doctrine de Cicéron conclut droit à l’égalité car
l’occupation est une pure tolérance et les possessions sont égales.
De jure pacis et belli de Grotius : « A l’ origine, toutes choses étaient communes et
indivises, elles étaient le patrimoine de tous ». Avec l’évolution
des âges, la propriété aurait sa source dans la guerre et la conquête, puis
dans les traités et les contrats, donc imposée par la force, la propriété
implique un état permanent de fraude et d’iniquité.
Proudhon pose la question : « Comment
l’égalité des conditions de la propriété d’abord dans la nature serait devenue
un état hors nature ? »
Essai sur les facultés de l’esprit humain de Thomas
Reid : « Le droit de propriété n’est point
naturel mais acquis. Il ne dérive point de la constitution de l’homme, mais de
ses actes… La terre est un bien commun que la bonté du ciel a donné aux hommes
pour les usages de la vie, mais le partage de ce bien et de ses productions est
le fait de ceux-ci…La terre est un vaste théâtre que le Tout-Puissant a disposé…pour
les plaisirs et les travaux de l’humanité toute entière. Chacun a droit de s’y
placer comme spectateur et de remplir son rôle comme acteur, mais sans troubler les autres. »
Reid pose le principe
de l’égalité des moyens de travail sans se préoccuper de savoir comment un
travailleur trouvera ce travail.
Théorie de Destutt de Tracy :
Pour lui, la propriété est
une nécessité de notre nature, ses conséquences sont un mal inévitable. Il
regroupe sous le terme propriété les biens extérieurs et les puissances ou
facultés de l’homme, les unes étant innées, et les autres acquises. Et parce
que ceux qui sont mieux dotés en propriétés innées auront le plus de chance de
s’approprier les propriétés acquises, on invente la justice pour corriger l’inégalité
des propriétés innées par l’égalité des propriétés acquises.
Proudhon démonte cette théorie
en disant que l’homme n’est pas propriétaire de ses facultés et en pointant l’équivoque
sur les deux sens du mot propriété : - qualité par laquelle une chose est
ce qu’elle est et – droit dominal ; et en se demandant pourquoi l’inégalité
augmente sans cesse malgré une justice existante.
Théorie de Victor Cousin
« Ma liberté
pour agir au dehors a besoin…d’une propriété ou d’une chose. Elles participent
donc naturellement à l’inviolabilité de ma personne. »
Pour lui, le travail et la
production sont le principe du droit de propriété, le fait d’occupation
primitive en est la condition indispensable.
V. Cousin a cherché une
base au droit de propriété dans la sainteté de la personne humaine et par là,
le légitime, donc le travail ne peut donner un droit de propriété qu’autant qu’il
est précédé de l’occupation et la loi civile peut bien déterminer et appliquer
un droit naturel mais elle ne peut le créer.
Pour Proudhon, cette
théorie, pour être viable suppose une égalité des conditions dans tous ces
termes. Ce qui n’est pas le cas.
2.3 De la loi civile comme fondement et sanction de la
propriété
Pothier : Traité du
droit de domaine de propriété
« La propriété est de
droit divin ».
« Le genre humain s’étant
multiplié, les hommes partageant entre eux la terre et la plupart des choses
qui étaient sur sa surface, ce qui échut à chacun commença à lui appartenir
privativement à tous les autres. C’est l’origine du droit de propriété »
Petite histoire de la
propriété chez les nations anciennes :
Au début pas de propriété
puisque pas de possession privée. L’augmentation de la population force peu à
peu au travail pour subsister – le travailleur est seul propriétaire du produit
de son travail – nul ne peut vivre sans travailler.
Pour obtenir une égalité de
subsistance – il faut fournir une égalité de travail – des moyens égaux pour
les travailleurs.
S’emparer de la subsistance
d’autrui, s’accaparer les moyens de productions pour s’agrandir détruisent l’égalité
et amène à l’injustice.
Donc avec le travail
naissait la possession privée : le droit dans la chose, jus in re, mais
ici la chose est le produit et non le sol. Ce fut compris comme cela par les
Arabes et les Germains.
Ailleurs, on a partagé la
terre et transformer le droit de possession privée en propriété absolue.
Puis la propriété et la
possession qui dans le droit primitif étaient confondues devinrent par le droit
civil deux choses distinctes.
La loi en constituant la
propriété a créé un droit sans s’occuper des conséquences, le guide et le
principe de cette loi étant l’égalité.
La loi à ce moment-là était
l’expression d’un besoin et l’indication des moyens d’y subvenir. Mais le droit
perpétuel et absolu de conserver son patrimoine, droit équitable parce que
commun à tous a entrainé :
-
le
droit d’aliéner, de vendre, de donner, d’acquérir, de perdre ce qui implique la
destruction de l’égalité qui avait été guide et principe
-
le
droit de louer, d’affermer, de prêter à intérêt, de constituer des rentes etc.
Conclusion
de Proudhon
o Règle de jurisprudence :
le fait ne produit pas le droit, la propriété ne peut se souscrire à cette
règle. Donc la reconnaissance universelle du droit de propriété ne légitime pas
le droit de propriété. L’autorité du genre humain attestant le droit de
propriété est nulle, parce que ce droit relevant nécessairement de l’égalité
est en contradiction avec son principe.
o L’occupation conduit
à l’égalité, elle empêche la propriété. L’occupation est toujours subordonnée à
la population. La population ne pouvant jamais demeurer fixe, il est impossible
qu’elle devienne propriété.
o L’occupant est
possesseur ou usufruitier et non propriétaire, responsable de la chose confiée,
il doit en user selon l’utilité générale. L’usufruitier est placé sous la
surveillance de la société et soumis à la condition du travail et à la loi sur
l’égalité.
o Le droit d’occuper
est égal pour tous
o La mesure de l’occupation
n’étant pas dans la volonté, mais dans les conditions variables de l’espace et
du nombre, la propriété ne peut se former.
prochain article :
Résumé du chapitre 3
Résumé du chapitre 3
Du travail comme cause efficiente du domaine de propriété
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