dimanche, décembre 14, 2014

L'Origine des espèces de Charles Darwin

Pourquoi lire l'Origine des espèces lorsque l'on n'est ni biologiste, ni naturaliste, ni paléontologue ? Tout simplement pour comprendre les multiples références faites sur Darwin dans beaucoup de domaines. On entend souvent parler de darwinisme, néo-darwinisme, de darwinisme social, de théorie de l'évolution, des créationnistes qui sont anti darwiniens, alors pour bien comprendre ce qui se joue derrière toutes ses expressions, rien n'est plus utile que d'aller à la source. 
L'Origine des espèces n'est pas facile d'accès car Ch. Darwin s'adresse à ses pairs et les longues descriptions propres aux naturalistes sur les plantes et les animaux sont quelquefois difficile à suivre. Mais elles sont là pour démontrer la validité de sa théorie de la sélection naturelle donc nécessaire à sa compréhension.
Darwin après une observation rigoureuse de la nature, après la lecture des travaux des scientifiques de son époque, après aussi quelques expériences faites par lui-même, nous parle de la variation des espèces à l'état domestique et à l'état de nature et conclut que les multiples variétés d'espèces sont le résultat de l'action de la sélection naturelle et de la sélection sexuelle. Ainsi que de la lutte pour l'existence et de son influence sur la sélection naturelle car la survie d'une espèce dépendra de la relation et de la dépendance qu'elle aura avec les autres espèces et de son aptitude à laisser des descendants.
Il voulait par là démontrer que chaque espèce a un ancêtre commun, voire deux ou trois.
La sélection naturelle devient la cause essentielle, la force la plus importante de la survie d'une espèce : La sélection naturelle scrute les variations les plus légères, elle repousse celles qui sont nuisibles, conserve et accumule celles qui sont utiles, elle travaille en silence, insensiblement, partout et toujours, dès que l'occasion s'en présente pour améliorer tous les êtres organisés relativement à leur conditions d'existence organiques et inorganiques.
Et par là, il donne les raisons de l'extinction des espèces ce qui explique que le nombre des espèces n'est pas devenu infini : La sélection naturelle agit uniquement au moyen de la conservation des variations utiles ... à mesure que les formes favorisées augmentent en nombre, les formes moins favorisés diminuent. La rareté est le précurseur de l'extinction. Les formes les plus anciennes doivent disparaître à mesure que des formes nouvelles se produisent.
Ensuite il évoque les lois de la variation et les variations corrélatives. Puis il énumère et répond aux difficultés de la théorie de la sélection naturelle en posant les questions qui ne manqueront pas d'être posées sur la rareté des variations de transitions d'une même espèce, sur l'utilité des organes, sur l'instinct et l'hybridité. Puis il met en avant l'insuffisance des archives géologiques, de la distribution géographique des espèces et des affinités entre les espèces. Toutes difficultés qui mettraient en doute sa théorie sont pour Darwin une occasion de les surmonter pour mieux démontrer le bien-fondé de celle-ci.
On apprend aussi que Ch. Darwin était un lecteur d'Aristote et que par la théorie de la sélection naturelle, il a pu donner tout son sens et comprendre une idée énoncée par Aristote "Natura non facit saltus" , "la Nature ne fait pas de saut", maxime érigée en principe,  même si ce principe de continuité est actuellement contesté.
La lecture de ce livre donne l'occasion de réfléchir à la place de l'Homme dans ce vaste monde car tout en subissant les lois de la sélection naturelle, les hommes peuvent être acteur d'une sélection non naturelle, ou d'une sélection inconsciente, ils ont la possibilité de modifier des espèces, Darwin dira L'homme ne peut exercer son pouvoir sélectif que sur des variations que la nature lui a d'abord fournies... L'homme ne peut choisir que des déviations de conformation qui affectent l'extérieur.
Ce qui était vrai au 19ème siècle, l'est encore plus maintenant, et je pense vraiment que l'Homme n'est pas un animal comme un autre, même s'il subit les lois de la nature, sa capacité d’interagir sur  ces mêmes lois lui confère une responsabilité bien grande sur la marche de ce monde, car ce qui est toujours vrai actuellement c'est que L'homme n'a qu'un but : choisir en vue de son propre avantage ; la nature au contraire, choisit pour l'avantage de l'être lui-même.
Pour finir, j'en reviens au début de mon propos pour donner le sens de toutes ces expressions :
Le néo-darwinisme est une théorie de l'évolution qui englobe le darwinisme (la théorie de la sélection naturelle) et la théorie de l'hérédité énoncée plus tard par Mendel, elle tient compte des découvertes scientifiques sur la génétique. C'est une théorie synthétique de l'évolution.
Le darwinisme social est un détournement des propos de Darwin sur la lutte pour l'existence et sur la sélection naturelle au profit d'une idéologie libérale qui justifie la loi du plus fort. Ce n'est pas une lecture de l'Origine des espèces mais une interprétation, décidément de tout temps certains apprennent à lire entre les lignes avant d'apprendre à lire.
Darwin pour contrer cette interprétation, dans un livre ultérieur, précisera que l'empathie est nécessaire à la survie des espèces. Et dans l'Origine des Espèces, la conclusion du chapitre de la lutte pour l'existence montre la sensibilité de Darwin face à cette lutte pour la vie qui entraîne obligatoirement la mort des plus faibles, il écrit : la pensée de cette lutte universelle provoque de tristes réflexions, mais nous pouvons nous consoler avec la certitude que la guerre n'est pas incessante dans la nature, que la peur y est inconnue, que la mort est généralement prompte, et que ce sont les êtres sains et vigoureux qui survivent et se multiplient.
Les créationnistes qui se sont opposés à Darwin dès la publication de son livre croyaient en la création indépendante des espèces. A plusieurs reprises Darwin dénonce directement cette croyance, il dit : Admettre semblable hypothèse (il parle de ceux qui admettent que chaque espèce d'un genre a fait l'objet d'une création indépendante) c'est vouloir substituer à une cause réelle, une cause imaginaire, ou tout au moins inconnue. C'est vouloir faire de l’œuvre divine une dérision et une tromperie.
Une précision importante, être darwinien n'empêche pas de croire en Dieu, Darwin était croyant au moment où il écrit l'Origine des espèces, même si à la fin de sa vie il se disait agnostique.

S'immerger dans cette lecture c'est un peu faire le voyage de Darwin, alors même si quelquefois on a l'impression d'être submergé par la densité des informations nécessaires à la démonstration de cette théorie, rien ne nous empêche de prendre le temps de reprendre notre souffle pour mieux s'y replonger.

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