dimanche, octobre 19, 2014

Contre-feux de Pierre Bourdieu

En regardant Capitalisme, les deux premiers épisodes d'un long documentaire sur Arte qui a l'ambition de nous faire comprendre les tenants et aboutissants de notre économie capitaliste, je n'ai pu m'empêcher de penser à Contre-feux de Pierre Bourdieu. 
Le documentaire nous apprend les origines du capitalisme qui remonteraient à la découverte des Amériques, on y apprend aussi qu'Adam Smith était bien plus subtil que la lecture simpliste servie par les libéraux d'aujourd'hui, soupe indigeste d'une lecture tronquée de son livre La Richesse des Nations. Et qu'il part d'un postulat que les anthropologues d'aujourd'hui démentent. Il soutenait que l'on était passé d'une économie d'échange à une économie de marché.
Mais peu importe que ses théories, aient été écrites au 18ème siècle, dans un contexte économique et historique précis, elles servent de justification à l'idéologie néo-libérale. Les libéraux ont trouvé leur chantre en la personne d'Adam Smith.
Si ce documentaire nous explique le processus qui a permis la mise en place de notre système capitaliste, il montre aussi les injustices qu'il génère, ce qui m'amène à parler de Contre-freux.
Pierre Bourdieu dans Contre-feux combat le néo-libéralisme et propose des alternatives. Pour cela il suggère de réinventer la manière de protester et d'utiliser les mêmes armes que les libéraux, en l'occurrence les médias , en sachant échapper aux effets pervers de ceux-ci.
Dans Contre-feux il met en avant la responsabilité des intellectuels, qui trop souvent jouent le jeu du pouvoir et des médias et il justifie son engagement et ses prises de positions par le sentiment, peut-être illusoire d'y être contraint par une sorte de fureur légitime, proche parfois de quelque chose comme un sentiment du devoir.
En sociologue, il explique les mécanismes mis en place par les libéraux, décryptent leurs discours et par là nous démontre la puissance des mots et leur impact sur le gens ainsi que la médiatisation permanente du discours dominant, ce qui finit par engendrer fatalisme et soumission du peuple, ne pouvant plus imaginer qu'il existe d'autres solutions à cette spirale nuisible, perverse et injuste de notre système capitaliste. Sa vision est internationale, puisque le seul endroit où la globalisation est réelle c'est sur la place des marchés financiers où les économies dominantes définissent les règles économiques internationales, c'est pour cela qu'il en appelle à un nouvel internationalisme (deux moyens d'action : mobilisation des peuples et constitution d'un État social transnational). C'est ce qu'il prônait en 1996 lors d'états généraux suite aux grèves de décembre 1995, mais finalement, presque vingt ans plus tard, que reste-t-il du mouvement social de  1995 ?
Je trouve très beau de penser au niveau international, mais au vue des mentalités générées par le système capitaliste, il est possible qu'agir à un niveau bien plus petit soit, peut-être, plus efficace, allumer une multitude de contre-feux un peu partout, essaimer une pensée différente, consommer différemment, éduquer autrement peut amener, à la longue, à bousculer, voir renverser ce système.
Un autre sujet est évoqué, celui de la violence terroriste, P. Bourdieu analyse cette violence comme le produit de l'impérialisme universel de l'occident et la réponse à la violence dite légitime de cet impérialisme. A l'heure actuelle, on est en devoir de se poser la question des raisons qui amènent nos jeunes de banlieues mais pas toujours,  à rejoindre les rangs des djihadistes. Surement victimes aussi de cette violence dite légitime engendrée par notre économie capitaliste.
En attendant il est bon de relire Pierre Bourdieu, à travers ses analyses fines et pertinentes, il offre des pistes de réflexion pour réinventer une économie plus juste, en reliant l'économique et le social pour une économie du bonheur, en repensant à une redéfinition de la distribution entre le temps de production, le repos et le plaisir, vers une autre division du travail.



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