Et si la philosophie était une personne comment raconterait-elle son enfance :
J'ouvrais les yeux réchauffée par un rayon de soleil qui traversait la pièce dans laquelle je me trouvais blottie dans un coin. Je cherchais où je me trouvais lorsque j'entendis des voix, quelques hommes discutaient, je percevais quelques mots comme l'Un et le Multiple, l'être et le non être, le vide et le non vide.
Je comprenais que ces hommes ne me voyaient pas encore, mes contours se dessinaient mais ils ne m'avaient encore donné de nom. Et pourtant, depuis des temps lointains, depuis la naissance de l'Humanité j'avais déjà parcouru un long chemin, je suis née en même temps que la première prise de conscience des hommes de naître d'exister et de mourir. Longtemps balbutiante, il a fallu attendre que leur langage soit assez riche pour mettre des mots sur leur première intuition, et pour que je passe du stade embryonnaire au stade de nourrisson. Je parcourais le monde sans me soucier des distances, car depuis ma naissance, je possédais comme un don d'ubiquité, je pouvais être partout à la fois, en tout cas partout où l'Homme était présent. Je me souciais plutôt de la manière dont on m'éduquait. J'ai peu de souvenir de cette période.
Mais au moment où je commence mon récit, ma mémoire s'améliore, sans pour autant être vraiment satisfaisante, de mes souvenirs de cette époque, il me reste quelques fragments, quelques instants qui seront très importants pour mon développement donc c'est sous le soleil de la méditerranée que j'allais grandir et prendre de multiples formes. Dès que l'on m'a nommé, chacun s'est emparé de moi et a cherché à me façonner, à m'éduquer à sa manière, chacun cherchant des réponses aux multiples questions que posaient leur existence dans ce monde, et la place qu'ils avaient à prendre. C'est à ce moment là que je devins polymorphe, comme dans les mains d'un potier, je prenais la forme qu'on souhaitait me donner, forme plus ou moins achevée, plus ou moins séduisante
Enfant sage et docile dans les mains de chacun, j'apprenais aussi à devenir féroce lorsque j'étais confrontée à une autre forme de moi-même, comme s'il était impossible que je puisse prendre différentes formes, comme si une forme devait prévaloir sur une autre. De tout temps et à chaque fois que les hommes m'ont adopté, ils ont tous pensé détenir La forme idéale, celle qui serait la meilleure pour tous les hommes, en me façonnant, ils ne se doutaient pas à quel point j'étais malléable et finalement insaisissable et qu'en passant de mains en mains je pouvais changer complètement de forme ou m'affiner ou m'épaissir selon le caractère de chacun, et que finalement, peut-être n'existait-il pas qu'une seule vérité mais une vérité pour chacun.
Revenons à ce matin où à peine éveillée, on cherchait à élaborer une pensée sans savoir encore que j'étais le moyen utilisé. C'était du temps de Pythagore, l'on m'a enfin nommée, je m'appelle Philosophie.
Au début je les écoutais tous attentivement, je les nommais philosophes, ils ont cherché en moi une explication du monde dans lequel ils vivaient, je suis pour un temps devenu une science, l'astronomie, les mathématiques, la physique, ont servi au début à me donner un corps en même temps que l'on essayait de définir un cosmos et d'y chercher sa place. Parmi mes premiers tuteurs il y avait Parménide, Heraclite, Leucippe. Mais très vite, un certain Démocrite s'est intéressé aussi à l'éthique et j'ai continué de croître.
Dans un monde où l'homme montrait peu d'aptitude à construire une vie simple et heureuse, mais partout où vivaient l'homme il n'y avait que, misère et tristesse pour le plus grand nombre, conquête du pouvoir et guerre, maladie et mort ...
J'ai donc eu plusieurs pères, vinrent aussi Socrate, Platon, Aristote, Aristippe de Cyrène, Diogène de Sinope, Epicure, Zénon de Cittium qui souvent ont formé des écoles, ainsi j'ai pris plusieurs noms et plusieurs formes, l'Académie de platon pour un enseignement aristocratique, le Lycée où Aristote avait pris l'habitude de parler de moi en marchant, on les appelait les péripatéticiens, le Jardin où une communauté libre dont le maître était Epicure s'était formé, ceux du Portique termes qui désignait les stoïciens car Zénon avait pris l'habitude de m'enseigner sous un portique de l'Agora, pour les Cyniques , c'est dans un gymnase appelé Cynosarge que l'on discourait, mais pour Diogène le Cynique son lieu de prédilection restait la place publique.
Ils se sont souvent invectivés, pensant que leur philosophie était la seule acceptable, mais tous avait la même finalité : le mieux vivre. Chacun d'entre eux a cherché le meilleur moyen pour y arriver et c'est en fonction de ce qu'ils étaient, heureux ou malheureux, malade ou en bonne santé, riche ou pauvre qu'ils m'ont éduqué….
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