vendredi, janvier 16, 2015

La Force Majeure de Clément Rosset

Cette lecture tombe à pic en ces temps troublés par l'horreur du fanatisme religieux. Savoir comment vivre malgré la stupidité, la cruauté humaine est une question légitime, ce livre est une réponse possible. Clément Rosset dans ce petit essai d'une vingtaine de page nous parle de la joie de vivre. Et l'apprentissage de la joie pour mener une vie digne de ce nom est plus que nécessaire.
Dans un premier temps, il définit la joie : elle est totalitaire car c'est "l'approbation inconditionnelle de toute forme d'existence présente passée et à venir" ; elle n'a pas besoin de motif précis pour se manifester,  "la joie est un plein qui se suffit à lui-même et n'a besoin pour être d'aucun apport extérieur" et quand il arrive que la joie se manifeste à l'occasion d'un évènement heureux, la joie dépasse cet évènement pour devenir générale. Clément Rosset prend pour exemple le sourire de l'Aurige de Delphes qui dit ce contentement d'exister au delà de la joie d'avoir gagné une course de char.


Puis Clément Rosset précise que la joie dont il parle est la joie de vivre, du simple plaisir d'exister.
Ce qui l'amène à penser que la joie est paradoxale après avoir écarté l'hypothèse que la joie pût être illusoire. Paradoxale car la joie doit se contenter d'une existence périssable, renouvelable, éphémère et doit rester indifférente à tous ses maux.
Que la joie soit folle, irrationnelle et cruelle, elle "est une condition nécessaire de la vie menée en conscience et connaissance de cause". "car elle consiste en une folie qui permet d'éviter toutes les autres folies"
"L'appoint de la joie est nécessaire à l'exercice de la vie comme à la connaissance de la réalité."
"Elle constitue la grande et unique règle du savoir-vivre" là Clément Rosset fait référence au savoir-vivre dont Montaigne nous parle dans le dernier livre de ses essais.
Pour terminer son propos, et pour mieux faire comprendre l'importance de la joie, C. Rosset oppose l'espérance et la joie. L'homme de l'espoir est un homme incapable de vivre cette vie, donc un homme sans ressources et sans arguments, espérant toujours une autre vie, alors qu'à "l'opposé la joie constitue la force par excellence dans la mesure ou elle dispense de l'espoir - la force majeure en comparaison de laquelle l’espérance apparaît comme dérisoire, substitutive..."
La suite du livre se compose de Notes sur Nietzsche, et ce n'est évidemment pas par hasard, il nous disait "Contente toi du monde donné", la joie pour s'en contenter...
Et si je parlais en commençant cet article d'un apprentissage de la joie, c'est qu'il n'est pas si simple d'être joyeux dans ce monde, mais cela s'apprend au fil du temps, mais par les temps qui courent, il faut apprendre vite, alors lisez vite ce livre pour bien comprendre ce que j'ai tenté de résumer en quelques mots.

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