Sur un conseil avisé, lecture des Carnets d'André Blanchard.
Dès la lecture de "Entre chien et loup", je découvre un homme libre, ses pensées sont bien les siennes et pas celles d'un autre, cela peut paraître banal à dire mais c'est tellement rare.
De son œil aiguisé, il nous parle de littérature, de l'actualité, de ses lectures, de sa fille, de ses chats, et tout ça dans un style excellent, qu'il définit très bien : "Style : non l'épithète rare, mais l'inattendue, celle qui renouvelle une vision des choses en créant des analogies"*.
Jamais cynique, quelquefois ironique et avec quelques touches poétiques, il met à nu le tragique de la vie :" Pour certain d'entre nous, enfants, il y eut ce micmac : en fait de jouets, c'est nous qui en étions. Et la vie nous cassa."**; pour le plaisir du lecteur, il trimballe son spleen de lignes en lignes et par là fait un pied de nez à la mort : "La mort considérée comme le grand départ, on connaît, c'est le vocabulaire officiel. Seulement sous l'action du spleen vous vivez officieusement. Dès lors la mort c'est le contraire, c'est être enfin arrivé."***
Moraliste mais jamais moralisateur, en spectateur d'un monde qui le désole, s'il fait sourire c'est pour éviter de pleurer : "l'air du temps, qui est souvent celui des marchands, nous en persuade : désormais vivre, c'est cliquer. On en ferait une béatitude : Heureux les manchots..."****
Et vous avez le choix, neufs tomes pour Les Carnets, et trois autres livres Pèlerinages et Impressions, siècle couchant I et II composent les Chroniques qu'il me reste à lire.
A découvrir, sans plus tarder
* Entre chien et loup, éditions Le Dilettante
*** A la demande générale, éditions Le Dilettante
** et**** Contrebande, éditions Le Dilettante
André Blanchard est mort une semaine jour pour jour après votre commentaire.Les phrases sur la mort que vous citez sont d'autant plus bouleversantes.
RépondreSupprimerMerci de le faire vivre par la lecture de ses livres.
K, compagne d'André Blanchard.
Au moment où j'écrivais cet article, je ne me doutais pas de ce qui allait arriver. C'est un peu plus tard par un tweet de Michel Onfray que je l'appris, c'est d'ailleurs par lui aussi que je découvrais André Blanchard.
SupprimerEt c'est vrai j'aime beaucoup sa manière lucide et quelquefois insolente qu'il avait de parler de la mort. Mais j'aime beaucoup aussi sa manière bien à lui, très poétique, très belle de célébrer les saisons donc la vie.
Voilà, quelque part, je suis contente que vous ayez lu cet article et j'espère que vous pourrez continuer à vivre sans trop de tristesse. Par expérience, je sais que le temps atténue la douleur, que la tristesse et la mélancolie ressurgissent de temps en temps, mais que l'amour que l'on portait est toujours là, présent, je m'y raccroche encore pour que la vie n'ait pas un goût trop amer.
Cordialement
Valérie Collet